Quels sont les véritables enjeux de la mondialisation ? une ère où l'imagination devient une force sociale tandis que l'Etat-Nation est violemment mis en cause, où les relations entre les cultures occidentales et non occidentales sont profondément remodelées.
Comment penser l'après-colonialisme ? Et comment penser après le colonialisme ? Ces deux questions sont aujourd'hui incontournables. Certes, les inégalités n'ont pas disparu et les formes d'exploitation offrent parfois un raffinement inédit. Mais suffit-il de s'en tenir aux bonnes vieilles catégories qui ont permis à la pensée occidentale de thématiser, une fois pour toutes, la domination implacable de l'Occident sur le reste du monde ; d'un côté, le centre et sa superbe ; de l'autre, les périphéries asservies ? Données à l'appui, Appadurai dessine toute la complexité de notre époque en se mettant à l'écoute de ceux que l'on a coutume d'englober dans des catégories toutes faites pour les besoins d'un discours critique certes bien rodé, mais de plus en plus éloigné du réel. C'est une raison de suivre l'anthropologue dans son exploration des flux, des réseaux et des proliférations imaginaires qui redessinent notre planète.
Les principales forces sociales ont toutes des précurseurs, des précédents, des origines dans le passé. Ces généalogies sous-jacentes et multiples ont empêché les tenants de la modernisation, dans des sociétés très différentes, d'harmoniser leurs discours. Ce livre propose lui aussi des arguments en faveur d'une rupture générale, dans les dernières décennies, de la substance même des relations entre les sociétés.
L'un des héritages les plus problématiques que nous a légué la grande science sociale occidentale (Auguste Comte, Karl Marx, Ferdinand Toennies, Max Weber, Emile Durkheim) tient à ce qu'elle a solidement renforcé la signification d'une unique moment – appelons-le « moment moderne » - qui a introduit une rupture dramatique et sans précèdent entre la passé et présent.
La théorie de la rupture qui sous-tend l'ensemble de cet ouvrage repose essentiellement sur deux éléments distinctifs interconnectés : les médias et les déplacements de population. Elle étudie leur influence conjuguée sur le travail de l'imagination comme une caractéristique constitutive de la subjectivité moderne. Dans ce livre, les aires culturelles nous rappellent de manière salutaire que la globalisation constitue en elle-même un processus profondément historique, irrégulier, et qui renforce même l'ancrage dans le local. La globalisation n'implique pas nécessairement, ni même souvent, une homogénéisation ou une américanisation du monde ; aussi étendue, et aussi différente, que soit l'appropriation, par des sociétés différentes, des matériaux de la modernité, il reste encore largement assez d'espace pour une étude approfondie de géographies, d'histoires et de langues particulière.
Depuis des siècles, le monde est une masse hétéroclite d'interactions à grande échelle. Cependant, il implique aujourd'hui des interactions d'un autre ordre et d'une intensité nouvelle. Dans le passé, les transactions culturelles entre groupes sociaux étaient en général assez limitées, parfois du fait de la géographie et, parfois du fait d'une résistance active à toute interaction avec l'Autre. Ce fut le cas de la Chine pendant presque toue son histoire, ou du Japon avant la restauration Meiji. Quand il existait des transactions culturelles soutenues entre de vastes parties du globe, il s'agissait le plus souvent du transport au long cours de marchandises (et des marchands qui les accompagnaient), de voyageurs et d'explorateurs en tout genre. Avant le XXe siècle, les deux principales forces permettant une interaction culturelle soutenue ont été les guerres (et les systèmes politiques à grande échelle qu'elles ont parfois générés) et les religions révélées qui, dans le cas de l'Islam par exemple, ont pu considérer la guerre comme l'un des moyens légitimes de leur expansion. Ainsi, entre voyageurs et marchands, pèlerins et conquérants, le monde a connu un trafic culturel sur de longues distances – et de longues périodes de temps. Cela semble aller de soi. En tant que forme culturelle dure, le cricket aurait dû résister à l'indigénisation. Il s'est au contraire profondément indigénisé et décolonisé, et l'Inde est souvent perçue comme souffrant d'une « véritable fièvre » du cricket.
A l'évidence, l'histoire du cricket dépend du point de vue selon lequel on la raconte. Ses remarquables effets dans les Caraïbes ont été immortalisés dans un recueil de C.L.R. James (Beyond a Boundary, Londres, Stanley Paul, 1963). Les Australiens ont mené un long combat – qui s'est exprimé à travers le cricket – pour se libérer du regard protecteur et condescendant que portaient sur eux les Anglais. L'Afrique du Sud trouve dans le cricket une nouvelle façon de réconcilier ses origines boer et anglaise. Mais dans les colonies occupées par les peuples noirs ou à peau foncée que l'histoire du cricket est la plus angoissée et la plus subtile. La thèse primordialiste sous pratiquement toutes ses formes n'est guère utile à l'auteur pour rendre compte des ethnicités au XXe siècle ; Cette thèse fait oublier certains faits importants, en particulier sur les nouvelles ethnicités d'Asie et d'Europe au cours des dix dernières années. Il s'appuie sur d'importants travaux d'anthropologie pour montrer que la thèse primordialiste est défectueuse et pour voir dans l'ethnicité une forme historiquement constituée de classification sociale et faussement reconnue comme un moteur naturel et primaire de la vie sociale. L'auteur étudie de plus près le terme « postcolonial » utilisé jusqu'ici sans commentaire et qui a plusieurs implications. Il s'intéresse à la production globale de la localité.
De nouvelles perspectives dans l'étude des conséquences culturelles de la globalisation après le colonialisme. C'est un domaine peu défriché.